De la VO à la VF...


En tant que spectateur, il y a une question qui revient souvent : « T’es plutôt VO ou VF ? », c'est-à-dire « version originale sous-titrée ou version française ? ».

 

Je veux rentrer dans cette branche si particulière depuis l’âge de 16 ans, pendant 10 ans, ma scolarité a été sous-tendue et orientée par cette passion, mais j’ai toujours eu tendance à préférer la VOST dans la mesure où elle me permettait un accès direct à l’objet culturel. Et quand je dis accès direct, je veux dire que je pouvais me faire ma propre "traduction" puisque j’entendais le son original et je pouvais passer outre le prisme de la "traduction" qui est, en tant qu’activité humaine, un rendu partial de la langue source, c'est-à-dire une interprétation subjective. Et j’ai bien sûr été un grand critique de sous-titres (dans le positif comme dans le négatif). Au niveau du doublage, je me plaisais à reconnaître la voix des comédiens et je déplorais le manque de synchronisme, vu que j’étais toujours focalisé sur les bouches des acteurs qui jouaient à l’écran. Et il faut bien avouer qu’en tant qu’étudiant en langue, je faisais le maximum pour tenter d’étancher ma soif de connaissances. Par conséquent, je regardais plus souvent des films en VO plutôt que des VF, tout comme j’ai délaissé pendant un temps la littérature francophone, préférant me plonger dans des lectures en anglais (ou en espagnol).

 

Maintenant que je suis passé de l’autre côté, maintenant que je ne suis plus un simple spectateur, mon point de vue a changé. Certes, je reste un inconditionnel de la VO (surtout dans les langues que je connais un minimum) parce que toute "traduction" étant sujette à caution, je préfère me faire la mienne et avoir cet accès direct, sans filtre, dont je parlais plus haut, d’autant que je suis à même de comprendre pas mal de références culturelles. Et il est évident que même si je suis toujours un grand critique de sous-titres, je le fais désormais en toute connaissance de cause car je sais dans quelles conditions ils sont réalisés et à quelles contraintes les adaptateurs sont astreints. En ce qui concerne le doublage, je me suis mis à l’aimer sur un mode créatif. Je me suis essayé au doublage et j’ai vraiment adoré. Faire parler une autre langue à un acteur étranger, c’est le forcer à quelque chose de pas naturel, mais une fois l’acrobatie prodigieuse réussie – car il s’agit véritablement d’acrobatie linguistique –, c’est participer à la magie du cinéma. En tant qu’auteur, j’ai envie de dire qu’il y a une véritable jouissance qui existe, beaucoup plus que dans le sous-titrage où je me plais, malgré tout, à trouver la bonne formule, le mot juste, à créer un impact. A chaque fois que je réussis à créer l’illusion que les personnages parlent français, comme si c’était bel et bien ça qu’ils disaient, c’est un petit bonheur.

 

Alors, si maintenant on devait me poser la question « VO ou VF ? », non pas en tant que spectateur mais en tant qu’auteur, je répondrais les deux : le sous-titrage et le doublage ont des contraintes différentes, nécessitent des habiletés différentes, ont chacun leur degré de frustration différent mais ils permettent tellement de choses au niveau de la création que les choses s’équilibrent et je fais donc le choix de ne pas choisir. En tant que téléspectateurs, vous pouvez débattre de ces deux techniques en cliquant ici. En ce qui me concerne, je veux faire les deux, et même les trois, si on ajoute la surimpression vocale (voice-over) qui requiert encore d’autres capacités.

 

J’ai cette motivation sans faille, cette niaque, cette passion pour la "traduction" et ce plaisir des mots qui ne m’ont jamais quitté. J’ai ce désir profond d’apprendre et de m’améliorer encore et toujours. La persévérance et la ferveur, cette envie de rendre le texte audiovisuel intelligible dans son ensemble à un public donné, mon sérieux et ma rigueur sont sans doute mes meilleurs atouts. Si la vie peut se révéler être un combat, alors décrocher, dans cette branche, un métier qui me tient à cœur sera de l’ordre de la conquête. Je veux me donner les moyens de réussir.

 

Même si on n’a eu de cesse de nous répéter combien l’insertion dans le milieu était difficile et que les conditions de travail étaient loin d’être idéales, même si l’année universitaire qui m'a lancé dans ce métier a connu des hauts et de grands bas, rien n’a entaché la passion qui m’anime et je n’en démordrai pas !

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