LE SOUS-TITRAGE


Le sous-titrage est, comme son nom l'indique, un texte qui se place au bas de l'image de façon synchrone avec le dialogue. Ce texte répond à des contraintes techniques bien particulières qui ne sont pas le fruit du hasard. Tout a été pensé dans un souci de lisibilité et de confort pour le téléspectateur. Ces contraintes ont aussi, bien entendu, un effet sur le texte lui-même. Art de la condensation et du mot juste, le sous-titrage est bien une adaptation du contenu des informations délivrées oralement dans la langue source. Il faut aussi savoir que le sous-titre est une retranscription écrite d'un discours oral. C'est pour cela qu'on a parfois l'impression que les personnages à l'écran s'expriment toujours de façon correcte.


L'étape qui précède la phase d'adaptation est appelée repérage. Il s'agit d'une tâche purement technique qui consiste à indiquer au logiciel où faire débuter le sous-titre (time code in) et où le faire disparaître (time code out). Cela donnera la durée du sous-titre, en général entre 1 et 5 secondes. La durée d'apparition du sous-titre donnera un nombre de caractères limité : c'est ce qui explique la condensation de l'information. Etant donné le peu de place et de temps que l'adaptateur a, il ne pourra véritablement se concentrer que sur l'essentiel : tout le superflu, comme les traces d'oralité, et les détails de second ordre passeront à la trappe.


Le repérage est une tâche purement technique et doit être payée en salaire. Si certains sont toujours partisans de faire faire le repérage par un repéreur et l'adaptation par un adaptateur, il est, de mon point de vue, préférable que l'adaptateur se charge lui-même de faire son propre repérage tout en étant bien entendu rémunéré comme il se doit. Si le repérage n'a rien de palpitant en soi, il a néanmoins une incidence sur l'adaptation, qui est tributaire du découpage des sous-titres. L'adaptateur qui fait son propre repérage se sentira beaucoup plus libre au niveau de son adaptation que s'il est contraint à remplir des cases - car, dans certains cas, les boîtes interdisent aux adaptateurs de toucher au repérage. Au lieu d'adapter le repérage en fonction de l'adaptation, on fait souvent l'inverse, au détriment de l'adaptation. D'autant que dans les grandes boîtes multinationales, le même repérage/calage est fait pour toutes les langues alors même que toutes les langues n'ont pas la même "longueur". On sait par exemple que l'anglais est beaucoup plus synthétique que le français. Tout cela, dans un souci d'économie, encore et toujours...


Si l'on doit se limiter à l'essentiel, il semblerait que cela laisse peu de place à la créativité. Un sous-titrage informatif, sans grande recherche, donnera la compréhension globale de l'oeuvre et il est évident qu'une grande partie sera perdue. Or, je reste persuadé qu'un tradaptauteur peut laisser sa griffe, sa signature avec un peu de style. C'est pour cela qu'il est simple de sous-titrer au kilomètre en restant très littéral et neutre mais il est bien plus difficile d'essayer d'écrire. C'est à cela que l'on reconnaît un bon tradaptauteur. Il existe pourtant des choses évidentes : un "Oh my God!" ne devrait pas être, la plupart du temps, traduit par un simple "Oh mon Dieu !" Tout d'abord parce qu'en français, on le dit beaucoup moins souvent qu'en anglais étatsunien (il s'agit là d'un fait culturel) et deuxièmement, cette expression dite et redite est sous-tendue par différents sentiments (la peur, l'étonnement...) dans la langue originale et c'est cette sensation qu'il faudra retranscrire et non le simple "oh mon Dieu !"


En matière de tradaptation, quelle qu'elle soit, il ne faut pas être fidèle à la lettre mais bien à l'esprit.

 

La vidéo suivante montre quelques règles élémentaires du sous-titrage et explicite la notion centrale d'adaptation.



Préliminaires

Voici l'article Wikipédia concernant le sous-titrage, rédigé par l'ATAA et que j'ai légèrement modifié :

 

Moins cher que le doublage (car il n'y a pas de frais liés aux enregistrements : studio, comédiens, etc.), le sous-titrage est dominant ou seul existant dans des pays dont les langues touchent un public limité (néerlandais, finnois, grec…). En France, au contraire, le doublage domine largement le marché du cinéma, mais, avec la multiplication des chaînes de télévision et l’apparition de supports nouveaux comme le DVD, la demande en sous-titrage s’est beaucoup développée au cours des dernières années.

 

Description

 

L’adaptation sous-titrée obéit à plusieurs contraintes tenant à la lisibilité et à la compréhension supposées chez le spectateur. Elle est déterminée par la rapidité de l’énonciation du dialogue auquel elle correspond et par le découpage visuel du support. Les deux coordonnées du sous-titre sont :

 

  • le temps nécessaire à la lecture (temps de lecture), estimé approximativement à 15 caractères par seconde.
  • le nombre maximal de lettres et espaces qui peuvent s’inscrire sur l’écran : aujourd’hui, deux lignes de 40, voire 42, signes chacune pour la pellicule 35 mm et le DVD, 36 ou 37 pour les chaînes de télévision, 32 pour le télétexte. Le nombre de sous-titres contenus dans un long métrage varie entre 1 000 et 1 800.

 

Au début du cinéma parlant et pendant longtemps, le sous-titre (appelé aussi titre ou intertitre) était censé « résumer » les éléments de dialogue indispensables à la compréhension, d’où l’idée qu’il s’agissait d’une « adaptation ». C’est ainsi que, par exemple, le dialogue subtil de la comédie étatsunienne (dû souvent à de bons auteurs littéraires ou dramatiques) était largement perdu pour le spectateur étranger, au bénéfice de la pure information (cela souvent sur instructions des studios, qui fournissaient à leurs filiales étrangères un texte prédécoupé et pré-résumé). Aujourd’hui, la demande des commanditaires et des spectateurs (et aussi des adaptateurs) va plutôt vers une fidélité aussi grande que possible au texte original dans toutes ses nuances et souvent dans toute sa spécificité, voire sa technicité. Au lieu, ou en même temps que, de résumer, il est souvent plutôt question d’éliminer ce que le spectateur peut comprendre seul, le mot ou la phrase qui double un geste, la répétition en écho... Il est bien sûr impossible de traduire la totalité d’un dialogue, mais la tendance à la littéralité progresse, comme d’ailleurs dans la traduction littéraire.

 

La technique du sous-titrage a beaucoup évolué en 70 ans. La description qui suit correspond à l’état actuel de la technique (2006).

 

Repérage

Le laboratoire procède au repérage. À partir d’une copie du film comportant un time-code (ou TC) et d’une transcription du dialogue, un technicien découpe le dialogue en sous-titres. À l'aide d'un logiciel de sous-titrage, il définit pour chaque sous-titre un point d'entrée (TC in) indiquant le début du sous-titre et un point de sortie (TC out) indiquant la fin du sous-titre. C'est la différence entre ces deux valeurs qui définit la durée du sous-titre et donc le nombre maximum de caractères à la disposition de l’adaptateur.

 

TC in 01:03:27:22 / TC out 01:03:29:15
durée 1 seconde 18 images nombre de caractères autorisé : 25
les 4 chiffres du time code : heure/minute/seconde/image

 

Il faut entre un et deux jours pour repérer un film en fonction du nombre de sous-titres. Pour donner un ordre d'idée, un film normalement "bavard" contient environ 1000 sous-titres. Un film d'action, environ 800 et un film de Woody Allen, 1500.

 

Le repérage doit faciliter au maximum la lecture du spectateur et pour ce faire, il est établi en fonction des plans et de leur rythme. Suite au développement des logiciels de sous-titrage, les adaptateurs sont de plus en plus nombreux à faire leur repérage eux-mêmes. C'est un travail technique qui doit évidemment être rémunéré à part et versé en salaires, alors que le travail d’adaptation est, lui, rémunéré en droits d'auteur.

 

L’adaptateur reçoit ensuite du laboratoire : une VHS ou un DVD time-codé (certains clients mettent les fichiers vidéo à disposition sur des serveurs internet), le dialogue numéroté et le fichier informatique contenant toutes les données du repérage.

Adaptation

Vient ensuite l'étape de rédaction des sous-titres ou de l’adaptation proprement dite. Aux problèmes communs à tous les traducteurs, viennent s'ajouter les contraintes techniques décrites plus haut, ce qui oblige souvent l’adaptateur à faire preuve d'une certaine concision et d'une grande clarté, étant donné la vitesse de défilement des sous-titres. L'ensemble doit être fidèle à l'œuvre (niveaux de langue, subtilités de l'intrigue) tout en étant cohérent (tutoiements et vouvoiements entre personnages, pour ne donner qu’un exemple).

 

Cette phase donne en principe lieu à des échanges avec le représentant du commanditaire (diffuseur, producteur pour des films qui n’ont pas encore de distributeur en France, parfois le réalisateur).

 

Le fichier retourne au laboratoire pour la troisième étape, la simulation.

Simulation

Toujours en vidéo, l’adaptateur visionne les sous-titres tels qu’ils apparaîtront sur l’écran avec un(e) technicien(ne) (simulateur(trice)), et éventuellement le commanditaire ou son représentant. La simulatrice - car il s’agit souvent d’une femme - est la première spectatrice, son avis sur les sous-titres est donc important pour la qualité du travail. Même si ce n’est pas nécessairement le cas, tout peut encore être modifié : ultimes corrections du texte, de la disposition typographique, du repérage (allonger un sous-titre qu’on n’a pas le temps de lire, le raccourcir s’il court sur une hésitation, le dédoubler, etc.). Même si le travail a commencé sur des éléments de travail, avant le montage définitif du film, la simulation doit être faite sur une vidéo tirée de l’élément définitif qui sera sous-titré. En effet, par peur du piratage, les majors étatsuniennes fournissent le plus souvent des fichiers vidéos de (très) mauvaise qualité. Ce n'est souvent que très peu de temps avant l'incrustation/la gravure que le laboratoire reçoit une copie propre.

La gravure ou l'incrustation

La gravure (film) ou incrustation (vidéo) est la dernière étape : dans le cas du film, s'il y a peu de copies, les sous-titres sont gravés sur la pellicule par un système laser, selon les time codes post-simulation définitifs. Le laser a remplacé l’ancien procédé chimique, encore utilisé dans certains pays, où les sous-titres percent une couche de paraffine et où l’émulsion est brûlée par un acide. Si le nombre de copies à graver est plus élevé, le procédé laser coûte trop cher et on a recours au sous-titrage optique, où les sous-titres sont gravés sur une bande noire qui est sur-impressionnée à la copie lors du tirage. Par ailleurs, les copies sous-titrées en numérique ont fait leur apparition depuis quelques années.
Dans le cas du sous-titrage vidéo ou de la télévision, les sous-titres sont incrustés sur un master. Pour le DVD, aucune opération mécanique d'incrustation n'est nécessaire. Lors d'une phase de fabrication du DVD appelée authoring, on ajoute les pistes de sous-titrage (jusqu'à 32). Dans le cas du sous-titrage télétexte (ex.: chaîne Arte), les normes sont plus contraignantes (40 caractères par ligne, certains caractères sont interdits). Les sous-titres sont diffusés, le cas échéant en différentes langues, séparément de l’image et du son. Il faut alors un décodeur télétexte dans son téléviseur pour visionner les sous-titres : l'incrustation se fait à la réception. La spécificité d'ARTE tient au fait que cette chaîne se fait livrer tous les sous-titres à la norme UER N 19 télétexte niveau 1, y compris ceux qu'elle incrustera à la diffusion dans l'image (incrustations à l'émission). L'avenir de la diffusion de sous-titres dans le domaine audiovisuel passera par la disparition progressive des deux solutions évoquées ci-dessus (diffusion télétexte ou incrustation dans l'image à la diffusion). La diffusion étant maintenant presque uniquement numérique (en 2012 tous les vecteurs européens devront être numériques), il suffit d'ajouter autant de flux vidéo qu'il y a de versions de sous-titres (comme pour un DVD). À la réception, le spectateur choisit sa version (pour sourd et malentendant, en français, en allemand, etc.) et le tuner DVB superpose la couche vidéo des sous-titres sur l'image principale. On retrouve donc la flexibilité du télétexte, avec, en prime, la qualité des sous-titres incrustés à la diffusion (chaque chaîne reste maître de la typographie, des couleurs, etc.)

La situation de l'adaptateur

La situation de l’adaptateur de sous-titres (commande, délais, paiement) varie énormément en fonction des programmes et de leur destination. Pour le sous-titrage de films destinés à la distribution en salles, le commanditaire est généralement le distributeur, parfois le producteur. Dans ce cas, la transaction se fait sans intermédiaire. Le tarif de 3,9€ le sous-titre (avril 2009), recommandé par le SNAC (Syndicat national des Auteurs et des Compositeurs, dont dépendent les adaptateurs de l'audiovisuel), est largement respecté.

 

Dans le domaine du sous-titrage vidéo (séries, programmes de télé-réalité, documentaires pour la télévision, films pour le câble ou le DVD), les conditions de travail de l’adaptateur sont plus difficiles. Le tarif recommandé par le SNAC (2,8 € le sous-titre [avril 2009]) est respecté lorsque les adaptateurs parviennent à traiter directement avec les commanditaires. Cependant, depuis une dizaine d'années, les laboratoires de sous-titrage proposent aux diffuseurs (chaînes et éditeurs vidéo) un sous-titrage « clés en main » et présentent des devis englobant le prix de l’adaptation dans leurs prestations. Le tarif de 2,8 € le sous-titre a laissé la place à une quantité de tarifs fixés au coup par coup selon les commanditaires.
Ces nouvelles règles ont eu pour conséquences d'une part de supprimer le tarif au sous-titre pour généraliser un tarif au forfait (souvent à la minute de programme), très pénalisant pour les adaptateurs, et d'autre part de priver l’adaptateur de ses liens avec le diffuseur. L’adaptateur se trouve parfois même contraint de faire le double travail de repérage et d’adaptation (ce qui contrevient aux règles de sécurité sociale concernant l'employeur si l’adaptateur est payé en droits d'auteur et non en salaires). C'est, bien sûr, un facteur supplémentaire de pression financière.

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Le sous-titrage pour souds et malentendants (SM)


Si je puis me permettre une fantaisie verbale, je ne pratique pas le SM !

Or, il est très important pour que le public sourd et malentendant puisse jouir d'un programme télévisuel et cinématographique. L'Union  Européenne (loi du 11 février 2005) l'a d'ailleurs rendu obligatoire sur toutes les chaînes, ce qui a eu pour conséquence une chute énorme des tarifs (on doit en être à 5€ la minute).

Encore plus que le sous-titrage interlinguistique (d'une langue à l'autre), le sous-titrage interlinguistique (au sein de la même langue) répond à des contraintes encore plus grandes.

 

Voici une vidéo sur le métier :

Et un article du Monde qui parle de la situation des professionnels du métier.

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